L’Ancre fort
Laisse tes pensées aller, sans rien retenir,
Comme le flux et le reflux de la mer qui vient.
Le ressac s’éloigne, il ne faut rien saisir,
Laisse décanter ce qui te tient.
Cultive la stabilité, ami, sois ancre fort,
Pour que ton bateau ivre ne puisse plus dévier.
Sous le jour neuf, les angoisses perdent leur mors,
Dans l’instant pur que tu peux habiter.
Car la Présence est cette force sage,
La conscience lumineuse que tu es au fond.
Tu n’es pas la croyance inscrite sur la page,
Tu es le repos libre où les voiles s’éteignent et tombent.
Le vrai est simple, sans artifice ni voile,
Un dépouillement qui offre la légèreté.
Alors demeure dans la paix sans étoile,
Dans la nudité de ta propre clarté.
« Comme les étoiles, les mouches volantes ou la flamme de la lampe,
Comme une illusion magique, une goutte de rosée ou une bulle,
Comme un rêve, un éclair ou un nuage :
Ainsi devrait-on voir tous les phénomènes conditionnés[1]. »
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[1] Collectif, Lecornu, Philippe (trad.), Soûtra du Diamant, Editions Fayard, 2001, 180 p.