La Voie Radicale de l’Éveil (partie I)
Nous vivons dans un monde sujet à des systèmes, vastes et apparemment globaux, de contrôle social et personnel, lesquels nous alimentent continuellement de l’idée que nous sommes seuls, faibles, et incapables d’engendrer des changements. Les techniques d’amplification de la conscience et d’éveil concernent le changement. Changer les circonstances de manière à s’efforcer de vivre d’après une conscience croissante de la responsabilité personnelle, conscience que l’on peut effectuer des changements si on le souhaite, conscience que nous ne sommes pas les rouages impuissants d’un univers-horloge. Tous les actes de libération personnelle/collective sont des actes d’éveil. Ces actes doivent nous mener à la joie de vivre et à l’extase, à la finesse psychologique et à la compréhension, à nous changer nous-même, ainsi qu’à changer le monde auquel nous participons. Via les techniques d’éveil, nous pouvons explorer les possibilités de la liberté.
Sans doute est-ce assez simple ? Mais non, « lesdites voies d’éveil » sont devenues la proie d’une tonne de mots, d’un fouillis de termes techniques excluant le non-initié, au service de certains, avides d’un jargon « scientifique » grâce auquel ils peuvent légitimer leur entreprise, en faire quelque chose de suffisant et pompeux, tout en masquant leur déficience. Des espaces spirituels abstraits ont été créés, au milieu desquels se dressent des constructions lego du type babel : les « plans intérieurs », les hiérarchies spirituelles et les « vérités occultes », oubliant que le monde nous entourant est magique. Le mystérieux a été déplacé. Nous recherchons la « connaissance secrète » dans les tombes et les langues oubliées, ignorant le mystère de la vie qui nous environne. Donc, pour l’instant, oubliez tout ce que vous avez lu au sujet de l’illumination spirituelle, et autres « carottes dorées », spécifiques à des modèles culturels et/ou religieux, bien que l’on puisse momentanément en adopter un pour, à un moment déterminant, l’abandonner et faire le saut sans points d’appui.
Commencez par faire un bilan introspectif pour identifier les racines de votre mal-être et à vous détacher de ce qui vous immobilise. Tant que l’on ne voit pas que c’est dans notre propre esprit que sont édifiés les barreaux de notre prison, on ne peut voir la porte de sortie ! On peut également les voir et s’engager dans une voie spirituelle pour embellir notre prison et ainsi continuer à dormir confortablement. Mais ce n’est pas le propos ici.
Ayez tout d’abord le courage d’examiner votre vie, afin de cerner les comportements et schémas émotionnels et de pensée qui vous empêchent de croître et d’apprendre, et de les modifier pour laisser jaillir votre puissance intérieure. Augmentez votre confiance en vous-même ainsi que votre charisme personnel. Élargissez votre perception de ce qui est possible, une fois que vous vous y attelez avec cœur. Développez vos capacités personnelles, vos dons et vos perceptions, car en étant ouvert et sans crainte vous apprécierez le mystère de la vie qui se manifeste dans votre incarnation ! Et puis abordez tout ce travail sur vous-même avec l’esprit du jeu d’un enfant et à l’aide de techniques méditatives, désencombrées de « berceuses spirituelles » qui aliènent plus qu’elles ne libèrent.
Le paradigme d’une voie radicale d’éveil avance que l’une des premières tâches du « chercheur d’éveil » consiste à se déconditionner totalement de l’engrenage des croyances, attitudes et fictions relatives à soi-même, à la société et au monde. Notre ego est une fiction : celle d’une réalité stable, se maintenant en perpétuant des distinctions entre « ce que je suis/ce que je ne suis pas, ce que j’aime/ce que je n’aime pas », des croyances au sujet de la politique, de la religion, de la préférence sexuelle, du degré de libre arbitre, de la race, des phénomènes culturels secondaires, etc. Toutes ces distinctions servent à maintenir une conscience stable et égotique de soi-même, alors que toutes les façons – même minimes – avec lesquelles nous luttons contre ces distinctions illusoires pour nous libérer de l’ego, nous maintiennent paradoxalement dans cette fiction de l’ego. Seul l’emploi d’exercices de déconditionnement nous offre l’occasion d’élargir des brèches dans notre réalité consensuelle, lesquelles nous permettent d’être moins attachés à nos croyances et à nos fictions égotiques, et donc aptes à les abandonner ou à les modifier lorsque c’est nécessaire.
Nous sommes ce que nous cherchons
Il en découle, naturellement, qu’il n’y a ni souillure, ni purification, ni déité hors de soi et donc, fondamentalement, aucune pratique, ni rituel et rien à atteindre dont nous soyons séparés. La conscience est la totalité, la totalité est la conscience. Toute la quête de l’éveil est orientée vers l’intérieur pour laisser émerger cette conscience non fragmentée, parfaite et inaltérable, présente dans notre incarnation. Il s’agit seulement de lever les voiles, de dégager la conscience des opacités qui nous font croire que nous sommes une entité séparée de ce que nous cherchons. Reconnaître que nous sommes déjà ce que nous cherchons amène une détente complète du corps/esprit, libère des dogmes et croyances religieuses, de l’espoir d’être sauvé, de l’angoisse, de la peur… La voie radicale de l’éveil est finalement simple, mais son atteinte ultime difficile, car elle n’est soumise à aucun romantisme.
L’ego
C’est avant tout la séparation. Lorsque le désir ne se déploie pas vers l’ego, il retourne directement à sa source : la conscience. Ainsi, ce qui lie les êtres conditionnés par l’ego, libère l’éveillé et le désir s’épanouit en pur amour. Il n’y a plus alors d’obstruction. Dans la présence non duelle, le désir devient le feu ardent du déploiement de l’énergie-lumière. L’ego lui-même n’a d’autre noyau que la conscience. Dès qu’il se détend dans la présence, sa nature fondamentalement absolue, se libère. L’ego n’est donc pas à « tuer », il suffit de saisir sa nature originelle, pour voir les choses directement, telles qu’elles sont, sans projections, jugements, dans l’évidence de leur réalité nue. Nos désirs, nos passions et nos sens cessent alors de nous poser problème. Lorsque la réalité se présente à nous, si nous la saisissons dans la spontanéité, nous vivons en amont de la pensée différenciatrice et chaque chose se présente telle qu’elle est. Sans la spontanéité dans l’instant, le flux mental introduit une séparation entre nous et le monde, entre la conscience et le corps où elle demeure.