Actualiser la présence pure de la conscience
Le cours de notre existence est constitué, en grande partie, de faits organiques, d’habitudes mentales et de conventions sociales qui sont essentiellement des phénomènes conceptuels et dénués de réalité intrinsèque. Parvenir à cette perception est le signe d’une clarté intérieure, d’une grande lucidité. Cette lucidité est nécessaire pour comprendre et percevoir que notre pseudo-identité corporelle est un leurre, car elle n’est en réalité qu’un ensemble d’éléments composites interreliés en évolution constante, dont le « superviseur cognitif » assure de façon plus ou moins stable la gestion identitaire globale. Dans le même ordre d’idées, des facteurs identitaires conventionnels, comme le nom de famille et les constructions mentales et sociales, qui finissent par définir un individu d’après l’évaluation de son comportement par le milieu social dans lequel il évolue, ne sont que des projections conceptuelles conformistes et grégaires, qui l’aliènent à un univers de croyances, nourrissant l’identification à la forme humaine. La voie de l’Éveil implique la désidentification de la forme humaine, donc de tout ce qui l’entretient en saturant la nature instable du psychisme de tendances inconscientes, issues d’élaborations mentales fallacieuses. Sachant cela, qu’on les dissolve ! La voie commence bien par la phase initiale de solve. La particularité de ce solve est celle d’un « assèchement » par enracinement dans la Présence de la conscience sur elle-même qui vide la conscience de soi de toute appropriation, de toute préhension, de toute saisie et identification quelle qu’en soit la nature. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que dans la Présence de la Conscience toutes les activités conceptuelles ne peuvent se fixer et se développer, et que la conscience mentale en se vidant du « vacarme cérébral » affleure l’immensité silencieuse dont la nature est telle qu’elle transparaît en toute pensée. C’est là l’absorption non conceptuelle qui pacifie pleinement le vivant et qui constitue la première « fonte » d’absorption. En demeurant dans la Présence, comme toute l’organisation cognitive est empreinte de vacuité, les flux sensoriels en sont littéralement transpénétrés au point que le sens même de leurs trajets préhensifs se trouve inversé, dans une dessaisie libératrice. C’est là, la résorption des sens qui s’instaure sans le moindre effort, sans induction volontaire et que l’on peut « sceller » par la sambhavi mudra en vertu de quoi la conscience mentale est délivrée de toutes les chaînes et emprises cognitives. La pleine cessation des turbulences cognitives procède d’une stase sensorielle des cinq sens. Cette dernière amplifie la détente du corps et du mental et donne accès aux états d’absorption en lesquels la conscience se libère des limites spatio-temporelles, pour ensuite avec une « vision pénétrante », percevoir la réalité telle qu’elle est. La méthode la plus efficace pour parvenir aux « fontes » d’absorption est la fixation d’une source de lumière.
Actualiser la Présence de la conscience
L’actualisation de la Présence de la Conscience se révèle spontanément par sa présence ressentie comme non localisable, lorsque toutes les autres options – yogas et méditations – se sont révélées erronées car procédant d’un « faire » de l’égo. L’expérience de la Présence est celle de la « base » : le miroir, dans lequel toute expérience surgit en tant que « reflet ». Cette expérience fournit la connaissance d’une dimension de l’être qui est totalement satisfaisante, un lieu d’accomplissement si complet qu’il n’y a plus rien à désirer et à rejeter. Aucune personne ne peut affirmer ne pas posséder la Conscience ! Si nous avons eu ne serait-ce qu’un éclair de cette Présence de la Conscience à elle-même, si nous nous souvenons de l’instant où cet éclair a été déclenché, mais que, depuis lors, nous en avons perdu la lueur, nous avons la capacité de réaliser la Présence. Par contre, si l’assurance ou la réassurance d’une procédure rituelle est nécessaire, alors il faut sûrement supposer que nous ne sommes pas prêts. Nous devons déjà avoir fait l’expérience de la « mise en évidence de la Présence Pérenne de la Conscience » qui nous permet de rester simplement assis. Si nous n’avons pas cette Conscience et capacité, il est peu probable qu’un quelconque rituel puisse l’induire. Rester simplement assis, apporte tout au moins la clarté de l’esprit et, avec elle, la satisfaction totale du corps conscient. Cela donne également confiance dans la « méthode » ; la simple posture assise demeure à jamais la base rituelle de la non-méditation qui dure vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela permet de se « familiariser » avec la Présence vécue dans nos vies comme une norme plutôt que comme un idéal à atteindre. Lorsque l’expérience de la Présence est répétée, et devient durable, elle permet de se rapprocher de la source de l’illumination, éclairant la pratique de la simple posture assise. Cette lumière permet de supprimer les obstacles. Notre position assise permettra à la mémoire de disposer de l’espace/temps nécessaire pour régurgiter les évènements karmiques qui n’ont jamais été correctement digérés et qui sont restés dans l’esprit comme des obstacles à la pleine conscience. La lumière de la nature de l’esprit éradique les habitudes et les tendances karmiques. Même une faible lumière fera disparaître les blocages superficiels.
Le Miroir, la Base : l’Identité Essentielle
L’identité personnelle est toujours et uniquement la nature de la Conscience. La nature de la Conscience n’est pas seulement notre propre nature, mais elle est aussi la nature et l’identité de tous les êtres sensibles. Tout d’abord, notre identité est spontanément parfaite, et ne requiert aucune attention. Lorsqu’elle est un objet de préoccupation discursive et d’analyse intellectuelle, sa perfection est mise en doute. Cette perfection s’accomplit naturellement et sans effort dans l’instant intemporel de l’ici-et-maintenant. Elle ne peut être définie verbalement et rationnellement car dès qu’elle est prise comme objet de l’intellect, la perfection de la totalité est perdue. Et elle ne peut pas se définir rationnellement en termes dualistes. Elle est autoconçue – conçue par elle-même – et ne peut en aucun cas être évaluée, affirmée ou niée, par une intelligence extérieure. Ontologiquement, elle est identique et synchrone avec tout ce qui se passe dans l’ici-et-maintenant. Son identité ultime se manifeste dans l’instant de l’ici-et-maintenant comme une non-action spontanée. Aucune action spécifique, déterminée, ne peut l’activer, mais au contraire, elle se manifeste dans la non-action. C’est pourquoi aucune voie ne peut y conduire et aucune action ne peut nous en priver. L’instant intemporel, cependant, la contient toujours, bien qu’elle ne puisse être trouvée à cet instant et ni perdue à partir de cet instant. Elle peut être désignée comme le fondement de toute expérience, intellectuelle et émotionnelle, mais elle ne peut être enfermée verbalement comme une entité substantielle ou identifiée comme étant « ceci » plutôt que « cela ».