La désidentification
Elle est difficile, car elle implique un complet changement de carte de réalité consistant à ne plus adhérer à la pensée et aux représentations communes, au système de valeurs matérialistes des sociétés contemporaines. Bref, toute l’imposture des idéologies ayant pour but de détruire les consciences en quête de libération et « d’immortalité » au-delà de l’impermanence du monde conditionné. La quête véritable commence là où la volonté est suffisamment forte pour quitter le courant vulgaire, mais puissant, de l’identification et de la soumission aux valeurs communes mondaines.
Pour le pratiquant — ou la pratiquante — aspirant à l’émergence de la véritable nature de son Esprit, il s’agit d’exalter un système de valeurs transcendantales et aristocratiques qui pousse vers l’excellence et non vers la médiocrité. Il doit devenir insensible, imperméable aux manipulations politico-sociales et culturelles des bons sentiments et de l’affectivité, ainsi qu’aux virus du marketing. Bref, il doit isoler sa conscience des influences délétères du « zombi-zoo » qui font de lui un être faible, peureux, immature, insécure, narcissique et pervers. Sur cette base, il pourra cultiver la fierté divine d’être un INDIVIDU indivisible et unique.
« Sans une « séparatio » d’avec la mentalité dominante de la société marchande, il n’est pas possible de se libérer des apparences et des conceptions ordinaires. »
« Aussi longtemps que l’homme ne possède pas intimement l’art de la séparation intérieure du sacré et du profane, du pur et de l’impur, il n’arrive pas non plus, dans l’extérieur, à séparer la bénédiction de la malédiction ; car la bénédiction extérieure est exactement proportionnée à l’intérieure[1]. »
La « séparatio » fondamentale consiste, grâce à un acte de conscience, à se dégager de l’influence du système de valeurs commun propre aux idéologies dominantes et à la mode. C’est sur cette base que, pour se libérer totalement des pensées et apparences ordinaires, à partir de l’état de concentration unifiée de la conscience, il pourrait être opportun, si nécessaire, de cultiver la désidentification de l’image du corps par l’identification à une déité de méditation avec la fierté divine. Cependant, si la « séparatio » est suffisamment réalisée et que le fruit de la « vue juste » est mûr, l’identification à une déité est superflue.
[1] Eckartshausen, Karl von, Essais chimiques, Editions « Psyché », 1963, pp. 9-10.