Introspection et présence de la conscience
« La vérité ne peut se découvrir sans l’introspection. L’introspection conduit à la paix immuable1. »
L’introspection nous permet de constater que notre vie intérieure change constamment, que nous ne sommes pas « Un », mais plusieurs « petits moi-je », souvent avec des goûts et des comportements très différents, modulés par nos instincts, sentiments, croyances et circonstances extérieures. Nous sommes en vie, mais l’unité, l’intégrité, en somme « l’êtreté », nous fait défaut. De ce fait, nous ne pouvons que subir la vie qui nous a été donnée et être incapable d’en appréhender le sens, sa capacité à engendrer des états de conscience et des formes de vie plus évoluées que celles que nous connaissons. « Du ver à l’esclave, en passant par le roi, devenir un Dieu » : telles pourraient être résumées les étapes que l’homme est appelé à parcourir pour parvenir à l’accomplissement de sa véritable destinée. Mais actuellement nous vivons l’expérience d’un « être cognitif » non unifié, fragmenté en une multitude de « petits moi-je » contradictoires et incohérents. Ces « petits moi-je » sont nourris par des impulsions hormonales, des pulsions animales instinctives, automatiques et des préoccupations diverses envahissantes, qui illusoirement nous donnent la sensation d’être un « Moi » véritable existant intrinsèquement. Selon la conception bouddhiste développée dans l’Abhidhamma2, cette illusion d’être un « Moi » provient de cinq agrégats :-
- les formes ;
- les sentiments / sensations ;
- les perceptions ;
- les formations du caractère ;
- les consciences.
La « méditation d’efforts fabriquée par l’esprit conceptuel » est une démarche valable pour les débutants, mais elle reste un simple moyen d’approche, et n’est pas la méditation parfaite. Pour pouvoir rester en absorption équanime dans le mode d’être ultime, il faut être « inaltéré par une méditation d’efforts fabriquée par l’esprit conceptuel ». Il faut également s’établir dans un état « non agité par le vent des tumultes ordinaires ». Pour cette raison, tous les mots et appellations, quels qu’ils soient, ne peuvent que tenter de définir Tathagatagarbha, mais ne permettent pas de le réaliser 3.
La non-reconnaissance de la vacuité par essence entraîne la saisie d’un « je », d’un « moi ». La non-reconnaissance de la clarté par nature entraîne la saisie de « l’autre », de ce qui est différent du « je ». Cette saisie dualiste n’est pas reconnue. Elle produit à son tour le karma et les émotions perturbatrices : le désir-attachement, l’aversion et l’opacité mentale. La non-reconnaissance, qui n’est autre que l’opacité mentale, engendre l’attachement envers le « moi » et l’aversion envers ce qui est différent de ce « moi » 4.
[1] Mandala, Patrick, Le Yoga-Vasishtha, Traduction et commentaires, Editions Accarias L’Originel, 2001, p. 99.
[2] « L’Abhidhamma (pâli, sanskrit : Abhidharma) — littéralement « La corbeille des commentaires », « La doctrine spéciale » ou encore « au-dessus de l’enseignement » — est la dernière partie des textes canoniques, le Tipitaka, consacrée aux exposés psychologiques et philosophiques de l’enseignement du Bouddha. Plus précisément, l’Abhidhamma traite de la cosmologie, de l’analyse psychologique, des phénomènes et de la métaphysique. Généralement, les chercheurs datent ce texte aux alentours de l’an 300 avant notre ère, c’est-à-dire vers le premier concile bouddhique. » Abhidamma (2025, 10 avril). Dans Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Abhidhamma
[3] Le Troisième Jamgon Kongtrul, La Nature de Bouddha, Éditions Kunchab, 1993, p. 79.
[4] Le Troisième Jamgon Kongtrul, La Nature de Bouddha, Éditions Kunchab, 1993, pp. 24-25.